Magloire N Mpembi

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Une chanson, une danse, des nonnes…

Une petite polémique secoue depuis peu les réseaux sociaux congolais. Elle concerne une vidéo où l’on peut voir des religieuses se trémousser sur la chanson Eloko  de Fally Ipupa. C’est l’occasion de partager un regard sur notre attitude à l’image (1) et à la pudeur dans les œuvres d’art (2).

1.   L’image à l’épreuve des réseaux sociaux…

D’entrée de jeu, il sied de rappeler que les Religieuses comme tout autre personnage plus ou moins public doivent faire attention à l’image qu’ils offrent au public qui peut être source de malentendu ou d’interprétation ambiguë… Sur sa page Facebook, Yolande Elebe fustigeait, il n’y a pas si longtemps l’entourage de feu Étienne Tshisekedi qui laissait divulguer des photos où on le voyait en plus ou moins mauvaise posture (pieds nus posés sur une table basse, verre de vin ou de champagne en main à bord d’un jet privé alors que le peuple croupit dans la misère…) De même pour Marcellin Cisambo, grand fanatique de Zaïko devant l’éternel (comme moi), les vidéos circulant le montrant se trémoussant avec maestria sur le son de Mama Siska peuvent être mal perçues lorsque l’on sait qu’il était à l’époque Gouverneur d’une des provinces les plus touchées par les affres de la guerre. Ainsi, il est assez facile de comprendre que la vidéo des religieuses catholiques (ayant fait vœu de chasteté, d’obéissance et de pauvreté) dansant sur une chanson de Fally Ipupa à la connotation sexuelle plutôt explicite puisse choquer…

Cependant quand on observe les images, on se rend compte, sauf erreur de ma part, qu’il s’agissait probablement d’une fête se déroulant dans un couvent ou une salle paroissiale… Il s’agit au final d’une manifestation privée. Une des questions à se poser en ce moment-là est celle de savoir qui serait à la base de la diffusion des images d’une manifestation privée sur le net. Les religieuses ont-elles donné leur aval à cet effet ? A-t-on le droit de diffuser les images d’une fête privée sur internet sans l’autorisation des concernées ou des organisateurs ? J’aurai tendance à répondre par non aux deux dernières questions. Je doute que ce soit une de ces religieuses qui ait diffusé le film sur le net. De mon point de vue, la première personne à blâmer dans l’histoire est le diffuseur de ces images… Ce n’était pas utile et cela a plutôt tendance à causer du tort qu’à faire du bien. Il demeure pourtant une question fondamentale : est-ce que les religieuses catholiques ayant fait de pauvreté, d’obéissance et de chasteté peuvent danser une chanson aussi sexuellement connotée ? C’est en partie l’objet de la deuxième partie de ce texte.

2.    De moins en moins de pudeur dans la chanson…

Que des chanteurs évoquent des thématiques grivoises, érotiques, voire pornographiques, dans leurs n’est en soi pas un phénomène nouveau. Les anciens connaissent ces chansons de Lwambo que la génération de nos parents écoutait en cachette et qui lui ont valu la prison… La pudeur m’empêche de reproduire le texte ici concernant par exemple une forme de sous-alimentation… Il n’y a pas si longtemps Koffi Olomidé, Nyoka Longa ou Boketshu 1er durent faire face à la justice pour un cri qui faisait l’apologie d’une rencontre plus ou moins violente (Etutana yango yango)…

Ce qui semble particulier aujourd’hui, les propos sont de plus en plus crus et gravés sur les formats commercialisés, et diffusés sur les chaînes de radio et de télévision à des heures de grande écoute. Si Franco Lwambo était allé assez loin dans la pornographie, il n’avait pas enregistré ses chansons sur vinyle. Les versions écoutées qu’on se passait sous cape étaient des enregistrements plus ou moins pirates des concerts…

Lorsque l’on organise une fête en famille, il est de plus en plus difficile d’écouter ces chansons en présence des parents, grands-parents, beaux-parents, des neveux, ou de ses enfants. Quand j’organise une fête, les albums récents de Koffi Olomidé et ceux de ses clones sont bannis ! Je ne me vois vraiment pas dansant Eloko oyo en présence de ma belle-mère et de mes neveux. Ce qui n’exclut cependant pas en d’autres temps, en d’autres lieux, en petit comité que je puisse m’éclater… Je vous l’ai dit je suis fan de Zaïko et je vous assure danser Okotondisa mibali na motema na yo lokola 207, moto na moto akita na arrêt na ye c’est un vrai régal. Je ne considère pas que ce soit de l’hypocrisie, mais plutôt une forme de respect.

La difficulté avec les normes de pudeur est que les limites sont très floues. Ce qui à moi parait choquant ne l’est pas forcément pour les autres… Il faut savoir trouver un certain équilibre. Mon professeur de bioéthique à la faculté de Médecine, feu le pasteur Kitikila me disait un jour qu’il ne voyait pas d’inconvénient à prendre une bouteille de bière tant que l’on ne s’enivrait pas et que l’on n’avait pas un comportement déplacé sous l’emprise de l’alcool… Cependant, en tant que pasteur, et sachant que cela pourrait choquer ses ouailles, pour rien au monde il ne prendrait sa bière en public ou dans une terrasse… Me voilà donc obligé de tenir ma promesse, celle de répondre à la question de savoir si les nonnes ont le droit de danser sur une chanson aussi sexuellement connotée… Je m’abstiens de répondre dans l’absolu, laissant cette tâche à la mère générale. Peut-être qu’il faudra y consacrer une session de l’Union des supérieurs majeurs (USUMA) ou de l’Assemblée des supérieurs majeurs (ASUMA). Je peux néanmoins dire ceci : en comité restreint, en privé, les gens (y compris les religieuses) ont le droit de faire ce qu’ils veulent tant que cela n’empiète pas sur les droits des autres et sur leurs propres convictions. Cependant, lorsque l’on occupe une certaine position sociale, il est judicieux de veiller au contrôle de l’image que l’on diffuse.

En définitive, rappeler à ceux qui viennent à nos fêtes et autres manifestations (deuils, conférence…) qu’ils n’ont peut-être pas le droit de tout filmer, qu’ils n’ont en tout cas pas le droit de diffuser ce qu’ils ont filmé sur YouTube, Facebook, etc. sans notre consentement devra de plus en plus faire partie des annonces des maîtres de cérémonie…

Mawâdi Nkosi Mpembi

 


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